Restaurant Brands International a dévoilé début août des résultats trimestriels en forte hausse, portés surtout par Burger King et l’international. Mais son plus important actif canadien, Tim Hortons, affiche une croissance des ventes comparables quasi nulle au pays, pendant qu’un plan d’investissement de 400 millions de dollars et une poursuite de 18,9 millions opposant le franchiseur à seize entreprises franchisées québécoises se jouent en parallèle.

Un bénéfice presque triplé, porté par Burger King

Pour le trimestre clos le 30 juin 2026, Restaurant Brands International (RBI), maison mère de Tim Hortons, Burger King, Popeyes et Firehouse Subs, affiche des revenus de 2,5 milliards de dollars US, en hausse d’environ 4,5 %, et un bénéfice attribuable aux actionnaires de 507 millions de dollars US, contre 189 millions un an plus tôt. Le résultat par action grimpe à 1,45 $ US, contre 0,57 $ US l’an dernier, et le bénéfice ajusté par action dépasse les attentes des analystes à 1,07 $ US.

La locomotive du trimestre, c’est Burger King : ses ventes comparables américaines bondissent de 8,5 %, et l’ensemble du groupe affiche une croissance consolidée de 3,8 %. Tim Hortons, la bannière la plus présente au Québec, pèse cette fois beaucoup moins lourd dans cette performance.

Tim Hortons au Canada : une croissance qui frôle le zéro

Les ventes comparables de Tim Hortons au Canada n’ont progressé que de 0,1 % au deuxième trimestre, un ralentissement marqué après des hausses de 3,6 % au même trimestre l’an dernier, 2,8 % au quatrième trimestre 2025 et 1,5 % au premier trimestre 2026. La tendance est claire : la croissance canadienne s’essouffle trimestre après trimestre.

Le chef de la direction de RBI, Josh Kobza, attribue le ralentissement en bonne partie au calendrier marketing et aux lancements de produits de la bannière, plutôt qu’à un affaiblissement du consommateur canadien. Il évalue la croissance globale de la restauration au pays à environ 3 % pour le trimestre, ce qui place la contre-performance de Tim Hortons largement sous le contrôle de l’enseigne elle-même. Les résultats se seraient améliorés en cours de trimestre, notamment grâce au retour au menu des Melts, un des produits les plus réclamés par la clientèle.

Tim Hortons conserve ses positions de leader en café, déjeuner et pâtisseries, mais notre calendrier marketing n’a pas produit les résultats attendus.

Josh Kobza, chef de la direction, Restaurant Brands International

400 millions $ pour relancer le réseau canadien, le Québec récolte 65 chantiers

Le ralentissement n’a pas freiné les plans de développement. Tim Hortons prévoit ouvrir environ 80 nouveaux restaurants au Canada en 2026, contre plus de 50 l’an dernier, dans le cadre d’un programme d’investissement de 400 millions de dollars partagé entre les franchisés (environ 270 millions) et le franchiseur (environ 130 millions). Le plan inclut aussi des rénovations dans près de 400 restaurants existants.

Environ 60 propriétaires-exploitants participent au nouveau programme de développement, et près de 280 autres à des rénovations. La plupart des nouvelles adresses seront des comptoirs avec service au volant classiques, que RBI présente comme rentabilisables en moins de trois ans pour les franchisés.

65 chantiers

Sur les quelque 80 nouvelles adresses prévues au pays en 2026, le Québec hérite de 65 chantiers, dont 14 nouvelles franchises et 51 rénovations. (Source : plan d’investissement Tim Hortons, 2026)

Pour un candidat franchisé de la province, le signal est clair : le franchiseur remet de l’argent sur la table au moment même où il doit relancer l’achalandage dans ses cafés-restaurants québécois, et les délais de récupération annoncés restent attrayants malgré le ralentissement des ventes comparables.

Boissons froides, fidélité Canadian Tire et retour du Dunkin’ : la contre-attaque

Pour renverser la tendance, Tim Hortons mise sur les occasions de consommation en après-midi. Le lancement national du matcha, cet été, ouvre une plateforme destinée à une clientèle qui ne visite pas nécessairement la bannière pour son café chaud du matin. De nouveaux équipements de type fontaine sont aussi installés dans l’ensemble du réseau canadien pour soutenir une offre élargie de boissons froides, dont les Soda Swirls, l’entrée de l’enseigne dans la catégorie des « dirty sodas ».

Autre levier attendu au second semestre : un partenariat de fidélité avec Canadian Tire, qui permettra aux détenteurs de points Tims Rewards et Triangle Rewards de lier leurs comptes et d’accumuler des récompenses sur les deux programmes à la fois pour un même achat chez Tim Hortons.

Ce déploiement survient alors que Dunkin’ prépare son retour au Canada par une entente de master-franchise avec le franchiseur montréalais Foodtastic, qui évoque une ambition de plusieurs centaines de restaurants à terme, sans échéancier ferme. La direction de RBI se montre peu inquiète : le président exécutif du conseil, Patrick Doyle, met de l’avant l’échelle du réseau, la force de ses franchisés et sa position prix pour minimiser l’impact d’une concurrence renouvelée à court terme.

Une poursuite de 18,9 millions en toile de fond au Québec

Le climat reste tendu entre le franchiseur et une partie de ses exploitants québécois. Seize entreprises franchisées réclament 18,9 millions de dollars à Groupe TDL, propriétaire de la marque, pour des pertes subies entre 2021 et 2023 sur 44 restaurants. Les franchisés allèguent que la convention de franchise les place en position de dépendance sur les prix au menu, les fournisseurs obligatoires et le coût des ingrédients. Groupe TDL a déposé sa défense devant la Cour supérieure du Québec à la mi-juin 2026; aucune date d’audience sur le fond n’a encore été fixée.

Bon à savoir

Au Québec, aucune loi ne vise spécifiquement la franchise. Les rapports entre franchiseur et franchisé relèvent du Code civil du Québec, notamment de l’obligation de bonne foi, c’est sur ce terrain que se jouera le litige opposant les franchisés de Tim Hortons à Groupe TDL.

Ce que les franchisés québécois doivent surveiller

Le trimestre confirme une tendance de fond : la croissance de RBI repose de plus en plus sur Burger King et l’international, moins sur son pilier canadien. Pour les exploitants de la province, trois indicateurs méritent une attention particulière au cours des prochains trimestres : le retour de la croissance des ventes comparables de Tim Hortons au Canada, l’évolution des coûts des matières premières comme le café, et le rythme réel des 65 chantiers promis au Québec. La rentabilité du réseau et la relation avec ses franchisés avanceront désormais en parallèle, les prochains mois diront si le plan d’investissement et les nouvelles boissons suffisent à relancer l’achalandage, et si le litige des 18,9 millions se résorbe ou s’envenime.

Sources :