Au Québec, un nombre croissant d’entrepreneurs se tournent vers la microfranchise, une formule qui exige des mises de fonds beaucoup plus modestes que les réseaux traditionnels et qui séduit des profils très variés, des artisans aux professionnels en reconversion de carrière.

De la mécanique de chantier au nettoyage de conduits

Audrey Jolin exerçait le métier de mécanicienne de chantier, un emploi qui l’obligeait à s’absenter plusieurs mois par année pour effectuer de longs quarts de travail. C’est en accompagnant son conjoint Dany Forest, nettoyeur de systèmes de ventilation, lors d’un contrat résidentiel qu’elle a découvert sa nouvelle vocation. Le couple, établi à Trois-Rivières, a depuis fondé ADF Ventilation et transforme aujourd’hui l’entreprise en réseau de microfranchises.

L’investissement de départ demeure accessible : environ 20 000 $ en droits de franchise et 15 000 $ en équipement. La formation débute sur le terrain, aux côtés de Dany Forest, avant d’être complétée par un programme offert par l’Institut des nettoyeurs de conduits de ventilation, basé à Granby. Selon Audrey Jolin, le métier ne demande pas de diplôme particulier : elle rappelle qu’un adolescent de la famille est devenu autonome après seulement quelques sorties sur le terrain.

Le couple conserve pour l’instant le territoire de la Mauricie et vise la constitution d’un réseau d’une dizaine de franchisés à l’échelle du Québec; un premier franchisé, basé en Estrie, s’est joint au réseau en septembre 2025. Des franchisés ambitieux peuvent aussi élargir leur clientèle vers le secteur commercial, comme l’ont fait les fondateurs eux-mêmes auprès de la chaîne de restaurants Normandin.

Un « troisième acte professionnel » à 62 ans

Autre exemple de ce virage vers la microfranchise : Joanne Savoie, 62 ans, ancienne coach de carrière, a fait l’acquisition d’une franchise Cardio Plein Air, une bannière de conditionnement physique qui propose des entraînements en groupe dans des parcs plutôt qu’en salle. Le modèle se distingue par ses frais fixes très bas : aucun équipement à acheter ni local à louer, seulement des droits d’entrée de 28 000 $, une formation de quelques semaines au coût de 12 000 $, une assurance et des frais d’accès à la plateforme de réservation.

Selon Thibault Gonnet, directeur général de Cardio Plein Air, le principal critère de sélection des candidats n’est pas l’expérience en conditionnement physique mais la passion pour le plein air, nécessaire pour motiver des participants même par grand froid.

Détentrice du territoire d’Aylmer depuis janvier 2026, Joanne Savoie a suivi une formation en ligne avant de se lancer. Elle recrute sa clientèle principalement par les réseaux sociaux et des séances d’essai gratuites, et cite la planification des horaires comme son principal défi opérationnel, un aspect sur lequel elle peut s’appuyer sur le soutien de la direction du réseau.

Un franchiseur en pleine expansion

Le réseau derrière cette franchise ne cesse de croître. En 2024, Cardio Plein Air a repris la marque Énergie Cardio, tombée en faillite, pour éviter la disparition de ce « fleuron québécois de l’entraînement intérieur » vieux de 30 ans, en optant pour une formule de licence plutôt que de franchise classique. Selon Thibault Gonnet, le groupe prévoyait alors inaugurer un nouveau gym par mois au cours de l’année suivante, un signe de la vitalité du franchiseur auquel s’est associée Joanne Savoie.

Ce qu’il faut retenir

Ces parcours illustrent une tendance de fond du secteur : la microfranchise abaisse la barrière à l’entrée, investissements initiaux de 20 000 $ à 35 000 $ plutôt que les sommes à six ou sept chiffres exigées par les grandes bannières de restauration ou de détail, et attire des candidats en quête de flexibilité, de sens ou d’un nouveau départ professionnel plutôt que d’un placement financier pur.

Sources