Le franchiseur torontois Happy Belly Food Group a publié le 27 août des résultats trimestriels qui confirment l’accélération de sa stratégie de croissance à faible intensité de capital. Au Québec, un seul groupe de franchisés montréalais s’est engagé pour 20 restaurants répartis entre deux bannières, la troisième entente d’importance du groupe dans la province depuis son arrivée.
Un deuxième trimestre qui casse tous les records
Inscrite à la Bourse des valeurs canadiennes sous le symbole HBFG, l’entreprise achète et met à l’échelle des marques de restauration rapide émergentes plutôt que de les développer elle-même de zéro. Au 30 juin 2026, elle comptait 95 restaurants en exploitation, contre 62 un an plus tôt, une croissance nette de 53 % du réseau en douze mois.
Les chiffres financiers suivent la même trajectoire :
- Ventes réseau : 28,4 M$, en hausse de 75 % sur un an;
- Revenus (exploitation, services, intérêts et ristournes) : 8,5 M$, en progression de 57 %;
- Redevances et droits de franchise : de 0,7 M$ à 1,6 M$, un bond de 129 %;
- Encaisse : 12 M$ à la fin du trimestre, contre 3 M$ un an plus tôt;
- BAIIA ajusté : 0,7 M$.
+129 %
Redevances et droits de franchise
De 0,7 à 1,6 million de dollars entre le T2 2025 et le T2 2026, sur un réseau passé de 62 à 95 restaurants. (Source : Happy Belly Food Group, résultats du trimestre clos le 30 juin 2026)
La ligne qui trahit le modèle : les redevances, pas les ventes de produits
Le bond de 129 % des redevances est la donnée la plus révélatrice du bilan. Une redevance ne progresse que si des établissements franchisés ouvrent réellement leurs portes et vendent, elle ne peut pas être gonflée par une seule grosse commande ou un effet de change. Les ventes de produits, elles, avancent plus lentement, de 39 %, à 6,4 M$. La croissance du groupe vient donc désormais davantage de l’expansion de son réseau franchisé que de son activité traditionnelle d’approvisionnement, ce que l’entreprise décrit elle-même comme sa stratégie de croissance à faible intensité de capital : elle empoche des redevances sur les ventes de ses franchisés plutôt que d’immobiliser du capital dans ses propres succursales.
Vingt restaurants engagés au Québec par un même groupe de franchisés multi-unités
Le 11 juin 2026, la marque de bols d’açaï Heal Wellness a signé une entente de franchise territoriale portant sur 10 établissements dans la grande région de Montréal. Le signataire, Pietro Maio, venait tout juste d’ouvrir, avec son partenaire Lucio Carlomusto, une première adresse Heal Wellness dans le quartier Griffintown, à Montréal.
Le même groupe d’exploitants détient déjà, avec ses associés de Carma Hospitality, une entente pour 10 restaurants Rosie’s Burgers au Québec. Au total, ce sont donc 20 unités engagées par contrat, réparties sur deux marques, entre les mains d’un seul groupe de franchisés, exactement le profil multi-unités et multimarques que recherche un franchiseur en phase d’accélération, puisqu’il réduit le nombre de relations à gérer tout en maximisant le volume par partenaire.
Cette entente marque le troisième accord d’importance de Happy Belly au Québec et confirme notre volonté d’accélérer le développement dans la province.
Sean Black, cofondateur et chef de la direction, Happy Belly Food Group
Un franchiseur ontarien qui doit composer avec la Charte de la langue française
Happy Belly a son siège social à Toronto. Pour un réseau qui arrive d’une autre province, l’entrée au Québec déclenche des obligations que l’Ontario n’impose pas. Depuis le 1er juin 2023, un contrat d’adhésion, ce qu’est une convention de franchise standard, doit être remis d’abord en français, avant que les parties puissent convenir d’une autre langue si elles le souhaitent. Depuis le 1er juin 2025, le français doit occuper un espace nettement prédominant dans l’affichage extérieur portant une marque de commerce non francisée. La mise en conformité complète des produits, elle, court jusqu’au 1er juin 2027.
Bon à savoir
Un candidat qui envisage de signer avec un réseau établi hors Québec a intérêt à vérifier, avant de s’engager, qui assume la francisation de l’affichage, du menu et du manuel d’exploitation. Ce point se règle dans la convention de franchise, pas après l’ouverture, quand les coûts de mise en conformité tombent souvent sur le franchisé.
Le chiffre à suivre n’est pas le nombre d’ententes signées
Happy Belly prépare par ailleurs sa première adresse américaine, à Lubbock, au Texas, en face de l’université Texas Tech. À l’échelle du groupe, Heal Wellness revendiquait en juin 41 établissements ouverts et plus de 167 en développement, à l’intérieur d’un portefeuille de 686 emplacements franchisés engagés par contrat pour l’ensemble des marques du groupe.
Pour un observateur québécois du secteur, la donnée la plus utile à suivre dans les prochains trimestres n’est pas le carnet d’ententes signées, mais le rythme réel d’ouverture : un engagement contractuel pour 20 restaurants n’est pas 20 restaurants qui servent des clients. Les prochains résultats trimestriels diront combien des unités montréalaises auront effectivement levé rideau.
Ce qu’il faut retenir
Happy Belly confirme, trimestre après trimestre, la solidité de son modèle de croissance par franchise : un réseau qui a bondi de 53 % en un an, des redevances qui progressent presque deux fois plus vite que les ventes de produits, et un pari clair sur les franchisés multi-unités pour accélérer son implantation au Québec. L’entente de 20 restaurants avec un même groupe montréalais illustre une tendance plus large dans l’industrie : les franchiseurs en expansion privilégient de plus en plus des partenaires capables de déployer plusieurs bannières et plusieurs adresses à la fois, plutôt que de multiplier les ententes avec des franchisés uniques.
Sources :
